Habilitation à former : agrément, certification ou déclaration ?

Depuis plus de trente ans que j’accompagne des organismes de formation, je constate que la confusion entre agrément, certification et déclaration d’activité reste l’un des malentendus les plus tenaces du secteur. Des dirigeants d’OF me demandent encore régulièrement s’ils ont besoin d’un « agrément pour former ». Des donneurs d’ordres exigent dans leurs CCTP un « agrément ministériel » qui n’existe pas — ou plus. Des formateurs indépendants retardent leur lancement parce qu’ils attendent une « habilitation » dont personne ne sait préciser la nature juridique. Il est temps de poser les termes avec rigueur, de remonter aux sources, et de clarifier définitivement ce qui autorise, en droit français, à exercer l’activité de formation professionnelle.

Une confusion héritée de cinquante ans de réformes

Pour comprendre le présent, il faut revenir à la genèse. La loi du 16 juillet 1971 — dite loi Delors — a fondé le système français de formation professionnelle continue. À cette époque, le législateur n’a pas instauré d’agrément préalable pour exercer l’activité de formation. Il a créé une déclaration d’activité, dispositif déclaratif et non pas autorisatif. La nuance est capitale : en France, la liberté d’entreprendre s’applique à la formation professionnelle. L’État ne délivre pas de permis de former ; il enregistre une activité et en contrôle a posteriori la conformité.

Le mot « agrément » a pourtant prospéré dans le langage courant, nourri par deux phénomènes parallèles. D’une part, certains secteurs réglementés — la formation aux premiers secours, la formation initiale minimale obligatoire (FIMO) dans le transport, la formation à la sécurité incendie — exigent effectivement des agréments sectoriels délivrés par des autorités spécifiques (préfectures, ministères, DREAL). D’autre part, la succession des réformes — loi du 4 mai 2004, loi du 24 novembre 2009, loi du 5 mars 2014, et enfin la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel — a enrichi le paysage de dispositifs qui, sans être des agréments, y ressemblent suffisamment pour entretenir la confusion : numéro de déclaration d’activité (NDA), enregistrement au RNCP ou au RS, certification Qualiopi.

Résultat : en 2025, trois notions distinctes coexistent, chacune avec son fondement juridique, sa portée et ses conséquences. Les confondre, c’est s’exposer à des erreurs stratégiques coûteuses.

La déclaration d’activité : le socle légal obligatoire

Toute personne physique ou morale qui réalise des actions concourant au développement des compétences au sens de l’article L.6313-1 du Code du travail — actions de formation, bilans de compétences, actions de VAE, apprentissage — doit déposer une déclaration d’activité auprès de la DREETS (ex-DIRECCTE) territorialement compétente, conformément aux articles L.6351-1 à L.6351-8 du même code. Cette déclaration doit intervenir dans les trois mois suivant la conclusion de la première convention ou du premier contrat de formation.

Ce qu’il faut retenir :

  • La déclaration d’activité n’est pas un agrément. Elle ne vaut pas reconnaissance de la qualité des prestations. L’article L.6351-1 le précise explicitement : « l’enregistrement de la déclaration d’activité ne vaut pas agrément de l’État ».
  • Le numéro de déclaration d’activité (NDA) est un identifiant administratif, pas un label. L’obligation de le mentionner sur les documents commerciaux (article L.6352-12 du Code du travail) répond à une logique de transparence, non de caution.
  • La DREETS peut refuser l’enregistrement ou annuler la déclaration si les actions ne relèvent pas du champ de la formation professionnelle, si les dispositions légales ne sont pas respectées, ou si le bilan pédagogique et financier (BPF) n’est pas transmis. Le cadre des obligations de formation tel que défini par le Code du travail constitue ici la référence première.

La déclaration d’activité est donc la condition nécessaire et suffisante pour exercer légalement l’activité de prestataire de formation. Elle ouvre le droit d’exercer, sous réserve du respect des obligations comptables, contractuelles et déclaratives. Mais elle ne suffit plus, depuis 2022, pour accéder aux fonds publics et mutualisés.

La certification Qualiopi : la clé des financements

C’est la loi du 5 septembre 2018 qui a introduit l’obligation, pour tout organisme souhaitant bénéficier de fonds publics ou mutualisés (OPCO, CPF, Caisse des Dépôts, État, Régions, Pôle emploi devenu France Travail, Agefiph), d’obtenir la certification qualité prévue à l’article L.6316-1 du Code du travail. Cette certification, délivrée sur la base du Référentiel National Qualité (RNQ), est connue sous le nom de Qualiopi.

Qualiopi n’est ni un agrément, ni une habilitation au sens classique. C’est une certification de processus, délivrée par des organismes certificateurs accrédités par le Cofrac ou autorisés par France Compétences. Elle atteste que l’organisme satisfait aux exigences des 32 indicateurs du RNQ, organisés autour de 7 critères qualité. Elle est valable trois ans, ponctuée d’audits de surveillance.

Précisons ce que Qualiopi n’est pas :

  • Ce n’est pas une autorisation d’exercer. Un organisme peut parfaitement dispenser des formations sans Qualiopi, dès lors qu’il ne sollicite pas de financements publics ou mutualisés. J’ai développé ce point dans mon analyse chez BMG Consulting.
  • Ce n’est pas une garantie de contenu. Qualiopi évalue la démarche qualité, non la pertinence disciplinaire des programmes.
  • Ce n’est pas un agrément sectoriel. Qualiopi ne dispense pas des agréments spécifiques exigés par certaines réglementations métier.

En revanche, Qualiopi est devenue un standard de marché incontournable. Les OPCO conditionnent la subrogation de paiement et le financement des plans de développement des compétences à sa détention. Les entreprises l’exigent dans leurs appels d’offres, parfois à tort lorsque la formation est financée sur fonds propres, mais la tendance est installée. Pour tout organisme qui envisage de se positionner sur les marchés financés, l’accompagnement à la certification Qualiopi constitue un investissement structurant.

Les agréments sectoriels : un cadre spécifique et complémentaire

Parallèlement à la déclaration d’activité et à Qualiopi, il existe des agréments, habilitations ou autorisations délivrés par des autorités administratives pour des domaines de formation réglementés. Ce sont les seuls dispositifs qui méritent véritablement le nom d’« agrément » au sens juridique strict :

  • Formation aux premiers secours (PSC1, SST) : agrément délivré par le ministère de l’Intérieur ou les préfectures, sur la base de l’article L.726-1 du Code de la sécurité intérieure.
  • Formation dans le transport routier (FIMO, FCO) : agrément préfectoral encadré par le décret n° 2007-1340.
  • Formation à la conduite : agrément préfectoral régi par les articles L.213-1 et suivants du Code de la route.
  • Formation à la sécurité privée : autorisation délivrée par le CNAPS.
  • Habilitations électriques : le formateur doit démontrer sa compétence selon la norme NF C 18-510, même si l’habilitation elle-même est délivrée par l’employeur.

Ces agréments sectoriels ne se substituent ni à la déclaration d’activité ni à Qualiopi. Ils s’y ajoutent. Un organisme qui dispense des formations SST doit donc cumuler : la déclaration d’activité auprès de la DREETS, Qualiopi s’il souhaite accéder aux financements mutualisés, et l’agrément du ministère de l’Intérieur pour la partie premiers secours. Omettre l’un de ces trois niveaux expose à des sanctions distinctes.

J’attire l’attention des organismes qui interviennent en sous-traitance dans ces domaines : le donneur d’ordre est tenu de vérifier que le sous-traitant détient bien l’agrément sectoriel requis. La responsabilité est partagée.

L’enregistrement au RNCP et au RS : une reconnaissance, pas une autorisation

Une autre source de confusion fréquente concerne l’enregistrement des certifications au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ou au Répertoire spécifique (RS). Ces enregistrements, instruits par France Compétences, attestent de la valeur d’une certification sur le marché du travail. Ils ne constituent pas une habilitation à former : ils reconnaissent la pertinence et la qualité d’un référentiel de certification et de son dispositif d’évaluation.

Un organisme peut être « certificateur » au sens du RNCP sans être organisme de formation. Inversement, un organisme de formation peut préparer à une certification enregistrée au RNCP sans en être le certificateur, à condition d’être habilité par ce dernier. L’article R.6113-9 du Code du travail encadre cette articulation. C’est un domaine où la rigueur terminologique n’est pas un luxe intellectuel : elle conditionne la conformité des parcours, et in fine la validité des contrats d’apprentissage pour les CFA.

Implications concrètes : ce que vous devez vérifier

Fort de cette clarification, voici la grille de lecture que je recommande à tout dirigeant d’organisme de formation :

1. Vérifiez votre socle déclaratif

Votre NDA est-il actif ? Votre BPF est-il à jour ? Sans ces fondamentaux, rien de ce qui suit n’a de sens. Le débat sur l’obligation de moyens ou de résultat devient purement théorique si vous n’êtes pas en règle sur le plan déclaratif.

2. Positionnez-vous sur les financements

Si votre modèle économique repose sur les financements OPCO, CPF, FNE-Formation ou marchés publics, Qualiopi est incontournable. Si vous travaillez exclusivement en B2B sur fonds propres d’entreprises, la certification reste un avantage concurrentiel mais n’est pas une obligation légale.

3. Identifiez les agréments sectoriels applicables

Passez en revue chacun de vos domaines d’intervention. Un organisme généraliste qui ajoute une formation SST à son catalogue doit anticiper la démarche d’agrément plusieurs mois avant le démarrage.

4. Distinguez formation et certification

Si vous préparez à des certifications RNCP ou RS dont vous n’êtes pas le certificateur, formalisez l’habilitation ou la convention qui

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